Jean, ancien de Rhin et Danube  - Chevalier de la Légion d'Honneur - 

 

 

 

 

 

J'avais presque 18 ans.........

 

le 4 novembre 1944 et j'étais EVDG (engagé volontaire pour la durée de la guerre). C'est à la Gendarmerie de Longwy que j'ai signé mon engagement pour l'Aviation. Mais, le départ n'était pas prévu dans l'immédiat.

Un bureau de Recrutement de la 1ère Armée Française , de la 9° DIC plus précisément, venait d'ouvrir et je m'y suis engagé ainsi que plusieurs de mes camarades longoviciens.

Visite médicale à Nancy. Refusé pour l'Infanterie : raison sanitaire ! Mais je pouvais être engagé pour le service Auxiliaire , ce que je ne voulais pas.

Le lendemain matin, je me suis joins aux copains et ... bon pour le service ! De suite départ dans des GMC pour le Doubs. A St Hippolyte, je me suis rengagé dans un bureau de campagne mais c'était pour l'Artillerie et j'ai été à nouveau refusé. A la fin, les Autorités ont accepté que je sois engagé dans l'Infanterie et j'étais donc à présent : « Bon pour le Service ».

Quinze jours d'instruction : tir au fusil, lancer de grenades offensives et défensives, progression, camouflage, etc.... et nous sommes partis en 1ère ligne dans la forêt de RECHAISIS pour nous diriger vers l'Alsace. Le franchissement de la Doller s'est fait avec des jerricans attachés les uns aux autres et à très grande vitesse..... Puis ce fut un peu de repos à MULHOUSE, et nous sommes repartis pour réduire la poche de résistance entre MULHOUSE et COLMAR. Il faisait froid (moins 20°). La 10° compagnie était sur PULVERSHEIM ; nous étions à l'entrée du village de KINGERSHEIM où nous avons été pris sous un tir de mortier infernal. J'ai ressenti un choc à ma main gauche. Quand j'ai relevé la tête, la neige blanche était noire !

Je me suis réfugié dans un escalier qui descendait dans une cave d'une maison de la cité de Pulversheim, pour prendre un peu de répit, mais le Sergent qui me suivait m'a crié « Fonce ». En me disant cela, il m'a sauvé la vie ! En effet, j'ai revu ce sergent qui tenait un bureau lors de la démobilisation à Marseille et il m'a dit : « Tu n'avais pas fait 5 mètres qu'un obus de mortier est tombé dans l'escalier et j'ai reçu un éclat qui m'a fait perdre un œil ».

Nous étions en face des puits de potasse de Cité Anna à Pulversheim. La pièce de mitrailleuse 7,6 en batterie à la fenêtre a dû être repèré. Un obus est venu frapper le mur ; le plâtre du plafond est tombé dans un café que je venais de me préparer ... en guise de sucre certainement !

Mon bras était endormi, ma main était toute gonflée et plein de sang ; le Capitaine, ex Lieutenant chef de section Mitrailleuse et mortier, m'a fait évacué sur un hôpital du Doubs pour y être soigné. Il y avait beaucoup de Sénégalais, avec les pieds gelés. Après guérison, j'ai obtenu une petite permission et j'ai retrouvé ma Compagnie à la WANTZENAU , banlieue de STRASBOURG  et j'ai repris ma place à la Section Mitrailleuse. C'était la période de Noël. Nous recevons l'ordre – avec bonheur - de boucler nos sacs marins pour remonter dans les Ardennes belges. Mais un contre ordre arrive et nous partons en GMC plus au Nord de Strasbourg pour la « Campagne d'Allemagne ». Nous passons le Rhin à Karlsruhe et allons relever le 151,  Régiment qui avait échoué pour prendre la Tour de Durlach. Ce quartier était bien fortifié mais nous l'avons pris, ainsi que 2 villages, sans grande résistance.

La nuit commençait à tomber, nous pensions que c'était terminé pour la journée, mais non ! Il fallait prendre encore le village voisin, appuyé par un char Shermann. J'ai vu passer une boule de feu entre le char et moi : c'était notre artillerie qui tirait trop court ! On a couru beaucoup plus vite par la suite....

Il faisait noir quand nous sommes entrés dans le village alors qu'un canon de 88 était braqué dans le sens de notre arrivée.... Il y a eu de nombreux prisonniers que nous avons évacués le lendemain sur les chars.

Après quelques jours de repos, nous sommes repartis, en longeant le Rhin, vers FRIBOURG OFFENBOURG jusqu'à la frontière suisse à BALE.

A la côte 615, mon chef de pièce a été tué. C'était un toulousain dénommé ROURA. Il est mort dans mes bras.

Puis nous avons progressé le long de la frontière suisse, jusqu'au lac de Constance et ce sans rencontrer de grande résistance.

Le 8 mai 1945, la guerre est finie. Nous revenons en GMC vers l'arrière dans le Wurtemberg à SCHWENNINGEN. L'occupation débute. Nous sommes « encasernés » dans une école. C'est dans la cour de cette école que j'ai reçu la croix de guerre, avec citation à l'ordre du Régiment, avec médaille d'argent. A l'issue j'ai eu le privilège d'aller à Paris pour le défilé du 14 juillet.....

 

 

 

De retour à SCHWENNINGEN, j'ai été détaché dans un petit village à 5 kms de la ville car je parlais un petit peu l'allemand ; c'est le lieu où le Bataillon venait se ravitailler en viandes et pommes de terre. Suivant une liste en mairie, je désignais les quantités à prélever. J'étais naturellement mal vu par les habitants, ils disaient : « Der Dolmetscher, das ist ein schlecht ..« (L’interprète, c'est un mauvais!)

 

Pendant l'occupation, j'ai fait un concours de tir qui concernait les Compagnie, puis Bataillon, Régiment et Division. En tant que tireur à la mitrailleuse je pouvais choisir la mitrailleuse ou mon arme individuelle le 11,43. J'ai choisi ce dernier car le tir se faisait sans distinction de grades du Général au simple soldat. De toute la 9° DIC, j'ai terminé 3° et premier soldat.

Au mois d'octobre, je pouvais être démobilisé, mais j'ai préféré aller en Indochine comme volontaire.

 

J'ai quitté l'Allemagne et SCHWENNINGEN le 12/10/1945 dans des wagons de marchandises. Arrivé à AUBAGNE le 15/10/1945 au camp de CARPIANE. Le 31/10 j'embarquais à MARSEILLE sur le « PACHANG VICTORY ». Le 22/11 je débarquais à SAIGON. Ce fut la campagne de Cochinchine jusqu'au traité de non-agression du mois de mars 1946, HO CHI MING étant venu à PARIS.

 

J'embarque à SAIGON le 24/3/1946 à bord du croiseur « GLOIRE » et débarque en Anname à TOURANE. C'est là que j'ai eu une dysenterie et j'ai subi une intervention chirurgicale à l'Hôpital Militaire. Le Général LECLERC nous a rendu visite et nous a serré la main...

Vu le manque de place à l'hôpital, on m'a mis dans un poste en ville, le temps de la guérison. Puis ce fut les patrouilles en ville – comme passe-temps – jusqu'au 19 décembre, jour de l'agression. Dans la nuit du 18 au 19, les viets avaient coupé les arbres en bordure de route afin que l'on ne puisse s'en servir avec les véhicules motorisés.

La première action fut de prendre la centrale électrique. L'on progressait dans les « caniveaux » (couloir de 60 à 80 cm et 50 à 60 cm de largeur. La centrale électrique était entouré d'un mur de 2,50 m environ. Et faite de brique de 20x12 cm. Une brique avait été enlevée tous les 3 ou 4 m. et les Viets tiraient par cet orifice. Les Voltigeurs avaient eu beaucoup de perte. Le lieutenant TAPAE de la 2° Section avait été tué. Les Voltigeurs ne voulaient plus avancer.

Alors le Capitaine (COURTIADE) nous a crié : « Allez la Mitraille – Foncez – montrez à la Voltige ce que vous savez faire ! «  J'ai foncé avec la pièce de mitrailleuse complète (montée sur trépied) jusqu'à un carrefour où nous avions un poste en ville qui était encerclé. Les viets étaient à gauche dans la rue et ils ont sauté dans le caniveau.. Mais les caissons de bandes de cartouches n'ayant pas suivi, j'ai dû utiliser mon Colt et lancer des grenades dans les caniveaux. Le Capitaine m'a dit de ne pas rester dehors ainsi et donc je suis rentré à l'intérieur, j'ai pris une table pour mettre ma pièce en batterie au-dessus de la murette. J'ai mitraillé les Viets qui traversaient le carrefour à 80 m de là. J'ai été repéré, et un tireur juché sur un tas de bois m'a manqué de peu. Sa balle m'a rasé la moustache  droite ce qui m'a brûlé la lèvre qui est devenue en peu de temps grosse comme une banane !

Notre objectif était d'aller dégager le terrain d'aviation qui était tenu par la 11° compagnie ; la résistance étant trop forte nous sommes revenus au port pour embarquer sur des LCT et débarquer au pied de la colline que nous avons grimpée pour prendre à revers les Viets et c'est ainsi que nous avons dégagé le terrain d'aviation.

Puis nous sommes repartis pour aller délivrer le 21° RIC encerclé à HUE. Départ par le col des Nuages, puis il y a eu des ponts incendiés, dynamités ou entravés par des wagons de marchandises. La Légion étrangère 13° DBLE n'ayant pas pu passer, car il y avait des blockhaus à droite et à gauche. Notre Capitaine (COURTIADE) a proposé au colonel une opération laquelle a été approuvée. Cela consistait à envoyer 7 voltigeurs et une pièce de mitrailleuse dont je faisais partie avec un petit canot gonflable afin de traverser la rivière à 1 ou 2 kms au -dessus du pont. Nous étions à poil, treillis, chaussures et armes dans le canot lequel était attaché par du câble téléphonique à chaque extrémité. Puis nous sommes revenus vers le pont en grenadant les blockhaus ce qui a permis au gros de la troupe de passer.

Un mois plus tard nous arrivons, de nuit, au bord de la rivière des Parfums à HUE.

Halte là ! Qui va la ?

Le 23°...

Quelques-uns ont sauté dans la rivière pour venir nous embrasser......

 

Retour à TOURANE – embarquement vers la frontière Annam et Tonkin – débarquement à DONG HOI – Nombreuses patrouilles de nettoyage dans le coin. Nous avons embarqué pour revenir à SAIGON.

 

Lors de la campagne de Cochinchine, on demande des volontaires pour sauter sur les Hauts-Plateaux.... Présent ! Toujours volontaire..... Grande visite sanitaire – Contre ordre – pas de sauts – Atterrissage sur plateau entre deux bois de forêts afin de réduire la résistance et ouvrir le passage au gros de la troupe -- il y avait un barrage sur la route avec des pierres et des sacs : après avoir mitraillé tout cela, nous nous sommes aperçus que les sacs que j'avais déchiquetés étaient remplis de grains de café vert, de pommes de terre (que nous n'avions plus mangé depuis longtemps) – Hourra !!! Car nous étions toujours au riz et des ignames. Nous avons trouvé également les plantations de café...

 

Le 7 aout 1947 : embarquement sur le Pasteur.

Nous étions 5000 à bord dont 1000 blessés. Nous sommes arrivés à Marseille le 27/8/1947 et c'est là que j'ai été démobilisé et ..... j'ai retrouvé le sergent qui m'a appris que « si tu n'avais pas quitté l'escalier, tu aurais été pulvérisé ; c'est là que j'ai perdu mon oeil «.

En effet, c'est lui qui m'a dit « Fonce » au bon moment ..... Je lui dois la vie !

Puis ce fut le congé de fin de carrière d'aout 47 à janvier 1948.

Un autre vie m'attendait à Longwy -54-.

 

 

SCHUMACHER Jean Roger

Soldat de 2° Classe

Tireur à la mitrailleuse légère de 7,6

Section Mitrailleuse et mortier 60

9° Cie 23° RIC – 3° Bataillon

9° division d'Infanterie Coloniale.